Mille petits riens

Aujourd’hui, nous parlerons du roman écrit par Jodi Picoult, intitulé : « Mille petits riens ».

L’histoire

Le livre raconte l’histoire de Ruth qui est sage-femme depuis 20 ans. Elle est très professionnelle. En outre, les mamans, comme les bébés l’adorent.

Mais voilà qu’un matin, Ruth se rend dans la chambre d’une jeune mère dont le nourrisson vient de naître. Les parents lui interdisent alors de toucher le bébé.

Vous vous demandez pourquoi ? Eh bien, parce que Ruth est noir et qu’ils sont des suprémacistes blancs. La consigne alors donnée par l’infirmière en chef est inscrite dans le dossier de l’enfant : « Aucun soignant afro-américain n’est autorisé à s’occuper du bébé. »

À la suite à de circonstances tragiques, le nourrisson décède. Ruth est alors accusé de meurtre.

Le sujet

Le roman de Judith Picoult parle de privilège, de pouvoir, mais surtout de racisme. Ce racisme qui est au cœur du livre.
« Mille petits riens » est un roman choral qui croise les points de vue :

  • D’abord, Ruth, l’infirmière noire injustement poursuivie ;
  • Turk ensuite, un suprémaciste blanc qui a fait tatouer sur son bras le drapeau des confédérés,
  • et enfin Kennedy, l’avocate de Ruth qui pense sincèrement qu’elle n’est pas raciste.

Ce cocktail promet d’être explosif n’est-ce pas ?

L’auteur

Jodi Picoult est sociologiquement le double de Kennedy, l’avocate de Ruth. La romancière, originaire de Long Island aux États-Unis, est une anglo-saxonne blanche qui a grandi dans un milieu privilégié. Elle est diplômée de Princeton et de Yale.

Alors pourquoi souhaiter se glisser dans la peau d’une femme noire injustement poursuivie ? Car, dit-elle, la question raciale est épineuse aux États-Unis.

L’idée de ce roman a germé quand en 2013, dans le Michigan, une infirmière noire s’est vue interdire de s’occuper d’un bébé, car les parents, des suprémacistes blancs, s’y opposaient.

Jodi Picoult avait enfin trouvé l’angle !

Elle s’adresserait non pas au lecteur noir, mais au lecteur blanc. Dans la postface, la romancière dit : « Je voulais écrire cette histoire à l’attention de ma propre communauté  – les Blancs – qui, si elle sait très bien montrer du doigt un skinhead néonazi en le traitant de raciste, éprouve davantage de difficultés à discerner les pensées racistes qu’elle porte en elle. »

Un thème

L’auteur souhaite dénoncer le racisme institutionnel qui a cours aux États-Unis. Elle souligne ces « Mille petits riens »  qui se glisse de manière insidieuse au sein de la population blanche américaine, même pour les personnes qui affirment ne pas être raciste.

Elle parle aussi des tragédies qui touchent la population noire, et gangrène la société. C’est ainsi que Jodi Picoult évoque le fait divers qui secoua l’Amérique, l’affaire Trayvon Martin.

Elle fait dire ainsi à ses personnages:

  • Vous savez qui est Trayvon Martin, je suppose.
  • Bien sûr que je sais quelle question ! La mort de ce garçon m’a bouleversée. Et pas simplement parce qu’il avait à peu près le même âge qu’Edison mais parce que, comme mon fils, il était premier de sa promo et n’avait rien  à se reprocher, à part peut-être le fait d’être noir.

Et l’auteur de reprendre :

  • Et si ce n’était pas la vérité ? Si vous et Trayvon n’étiez pas des exceptions… mais la règle ? Si l’injustice était la norme ?

Et vous ? Vous souvenez-vous de Trayvon Martin ? Cet adolescent tué par un agent de sécurité  alors qu’il rentrait chez lui.

Cette affaire bouleversa l’Amérique. Barack Obama dira que s’il avait eu un fils, il aurait pu être Trayvon martin ou qu’il aurait pu être lui, 35 ans plus tôt.

Écoutez-le !

Il y eu de nombreuses manifestations après que la cour ait jugé bon de ne pas l’inculper l’agent de sécurité. Le peuple demande alors justice !

Après le jugement qui relaxa George Zimmerman, l’homme qui a tiré sur Trayvon, l’avocat de la défense, Donald West, dira que ce jugement est une disgrâce.


Ne soyons pas si pessimiste la situation des noirs a tout de même évolué depuis la grande marche vers Washington  en 63 durant laquelle étaient réunis aux côtés de Martin Luther King, Bob Dylan et Joan Baez.

Une œuvre

« New kids in the neighborhood » – Norman Rockwell

Une peinture de Norman Rockwell, « New kids in the neighborhood » me semble bien illustrer le livre.

Sur cette peinture très colorée, le spectateur découvre deux jeunes enfants noirs bien habillés. Ils se tiennent debout dans l’allée d’une maison bourgeoise. À côté d’eux, un camion laisse deviner qu’ils emménagent.

Deux garçons blancs et une fillette s’approchent. Ils semblent être du voisinage. Ils les regardent avec curiosité.

Les deux groupes se font face.

On discerne plus loin, une silhouette dissimulée derrière les rideaux d’une villa voisine. Le quartier est chic.

Les noirs seraient-ils des intrus !

Un film

Mille petits riens s’attarde à comprendre la situation des noirs aux États-Unis. Pour mieux  défendre Ruth, son avocate cherche à connaître la vie quotidienne des afro-américains.

L’excellent documentaire de Raoul Peck, I am not your negro illustre bien le chemin parcouru, et celui qui reste à faire. En reprenant les écrits de l’auteur noir James Baldwin, il met en lumière les discriminations. Comme Mille petits riens, le réalisateur tente de donner à voir ce qu’est la vie d’un noir aux États-Unis.

Une remarque faite par James Baldwyn est centrale dans le film. Elle est extraite d’une interview réalisée par Kenneth Clark à la télévision américaine.  Ce que Baldwyn dit alors, Jodi Picoult aurait pu l’écrire :

“La question que les blancs de ce pays doivent d’abord se poser, est pourquoi est-il nécessaire d’avoir un nègre ? Mais je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Si vous croyez que je suis un nègre, cela signifie que vous en avez besoin. Vous devez donc comprendre pourquoi ?…Le futur de ce pays en dépend ! »

Écoutez l’extrait de l’interview.

Une musique

Et si « mille petits riens » était une chanson,  ce serait Strange Fruit forcément. Un poème mis en musique, puis interprété  par Billy holiday. Strange fruit est la chanson emblématique des droits civiques. Elle évoque les années de lynchage des noirs qui succédèrent aux années d’esclavage.

On y entrevoit le corps des hommes pendre aux arbres. Écoutez le premier couplet :

« Les arbres du sud portent un étrange fruit

Du sang sur les feuilles et du sang aux racines

Un corps noir qui se balance dans la brise du

sud, Étrange fruit suspendu aux peupliers. »

« Mille petits riens » de Jodi Picoult est un page turner, vous ne pourrez plus le lâcher… jusqu’au dénouement final.